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Pu Erh Blanc, Miscanthe & Oie Sauvage – Hanafuda

Pu Erh Blanc - Japonismes2018

Pu Erh Blanc, Miscanthe & Oie sauvage
Mois d’août du Hanafuda

Le fil des saisons et des fleurs se poursuit dans le Hanafuda. Je vous présente aujourd’hui la miscanthe, un végétal délicat qui fait partie des sept plantes de l’automne comme son comparse le lespédèze du mois précédent. C’est une vivace herbacée à longue tige avec le bout duveteux. Il est présent dans les lieux sauvages dont la simplicité inspire l’humilité au voyageur qui croise son chemin. Il est associé aux notions d’abandon et de renoncement, car c’est un végétal qui signe la fin de l’été et de son opulence. La miscanthe évoque également la solitude et la mélancolie, mais aussi une certaine forme de douceur apaisante.

En guise de lune
contempler la pluie
sur les miscanthes

Issa.

Jûgo-Ya – Lune de la mi-automne

La fête de la mi-automne connaît un succès depuis la période Heian (784-1185). C’est durant le huitième mois du calendrier lunaire que l’on observe la plus grosse lune de l’année. Les Japonais apprécient particulièrement ce phénomène qu’ils nomment la « pleine lune des colocases » et le fait d’aller admirer cette pleine lune O-Tsukimi. La période donne lieu à des festivités qui marquaient autrefois la fin des moissons. La pâtisserie emblématique de cette fête est le dango, une boule de riz gluant rappelant la forme et la couleur de la lune. Tout ce qui est blanc et rond est également le bienvenu durant les repas comme l’œuf. Dans le Hanafuda, la carte spéciale représente évidement la pleine lune et l’envolée des oies sauvages qui migrent vers des contrées plus chaudes avant l’arrivée de l’automne.

MISCANTHE = DÉCLIN – SECRET – NOSTALGIE

Le calendrier lunaire et les egoyomi

Le calendrier japonais se base sur le calendrier luni-solaire chinois. Il fut adopté au Japon à la fin du VIIème siècle et il fut remplacé par notre calendrier grégorien en 1872, lors de l’ouverture du pays au reste du monde. Une année est constituée de douze mois lunaires auxquels on ajoute, tous les trois ans environ, un treizième mois pour éviter un décalage avec le cycle solaire. Le calendrier luni-solaire est très utile pour rythmer l’activité agricole et il est encore d’usage pour déterminer les fêtes religieuses. Autrefois au Japon, les mois oscillaient de 29 à 30 jours, mais la répartition était plutôt aléatoire. Afin que les Japonais puissent anticiper les mois courts et longs, des artistes commencèrent à éditer les egoyomi, des estampes luxueuses qui cachaient habilement des calendriers que l’on échangeait au cours de réunions littéraires. Les egoyomi contournaient ainsi le monopole de diffusion des calendriers détenu par l’État. L’essor eu lieu vers les années 1760 avec l’artiste Suzuki Harunobu. Il fut célèbre pour avoir créé ces calendriers complexes à décoder qui mêlaient informations pratiques et mythologie classique. Suzuki Harunobu contribua au développement des estampes polychromes durant l’ère d’Edo avec son œuvre prolifique.

Dans l’univers des haïku, l’évocation de la saison est très importante. Elle doit être mentionnée grâce à un mot dit le kigo. Voici les périodes approximatives des saisons selon l’ancien calendrier lunaire :

Le printemps : du 4 février au 5 mai
L’été : du 6 mai au 7 août
L’automne : du 8 août au 6 novembre
L’hiver : du 7 novembre au 3 février

Pu Erh Blanc – Thé sombre chinois

J’ai choisi pour ce mois-ci un thé qui rappellerait la lune, sa couleur et sa douceur. Je me suis tournée vers la marque Petit Gaïwan qui source une palette très intéressante de thés qualitatif et j’ai choisi parmi les références le Pu Erh Blanc. C’est un thé sombre/noir chinois constitué de bourgeons de thé, d’où ses nuances blanches et sa texture duveteuse. Les aiguilles dégagent des effluves très terreux et animaux, car elles ont subi une fermentation comme les Pu Erh classiques. Il y a également un fond de foin très présent. Elles sont si jolies avec leurs reflets argentés qui évoquent la lune de ce mois ! Infusées, les feuilles offrent un éventail de parfums très agréables. On passe des parfums fruités à un fond plus végétal et sec. La robe de l’infusion est or clair et très limpide, ce Pu Erh Blanc est magnifique à voir à tous les stades. En bouche, je retrouve les caractéristiques d’un thé blanc avec une attaque un peu fruitée et douce, mais un côté plus malté vient soutenir l’ensemble dans le palais. Des notes de fleurs blanches apparaissent de temps à autre suivi d’une facette qui rappelle le foin. La rétro-olfaction tourne autours d’arômes plus terreux et mielleux. Le Pu Erh Blanc est un thé complexe, agréable à savourer et qui laisse une finale assez persistante. J’apprécie beaucoup sa texture légère, sa saveur sucrée et ses changements d’arômes. Il supporte très facilement des infusions successives pour vous accompagner toute la matinée ou tout l’après-midi.

Un moment
nuit de lune
sur les fleurs

Basho, L’intégral des Haïkus, poème 677, Éditions Points.

Tout comme le Pu Erh Blanc, la lune a de multiples facettes et ses reflets changent au gré des saisons. Le mois d’août sonne la transition discrète vers l’automne et ses promesses de couleurs chaleureuses. Rendez-vous le mois prochain pour une nouvelle plante et l’un des 12 Thés du Hanafuda.